Cet article de Sevan Deyirmenjian est paru dans le journal Agos du 9 août 2017 suite à un incident qui a eu lieu cet été pendant le Programme "Ari Tun" organisé par le Ministère de la Diaspora d'Arménie au cours duquel un conflit autour de l'identité a éclaté entre membres des groupes de jeunes d'Ukraine et d'Istanbul.
La thématique de la question des réparations du génocide des Arméniens pourrait sembler en décalage profond avec l’état des relations arméno-turques et les urgences respectives des deux pays concernés en matière de respect des droits et libertés ou d’enjeux sécuritaires. Cependant, si ces relations souffrent du poids de l’Histoire et de la méfiance légitime qui s’est installée, la réparation des préjudices passés est une option pour construire les fondements d’une nouvelle ère. Faisant abstraction des circonstances propres aux deux pays, cet article examine l’état du dossier des réparations et des solutions envisageables et de la politique actuelle de l’État arménien dans le traitement de la question du génocide et de ses conséquences. Il fait ressortir des facteurs résilients de la gestion des Arméniens de leur destin, hier et aujourd’hui, et leur incidence sur le traitement des réparations du génocide ou bien dans le domaine des prétentions territoriales.
Le 28 mai 2018, l’Arménie et le monde arménien fêtent le centenaire de la fondation de la République d’Arménie. Avec la signature, le 4 juin 1918 à Batoum, d’un traité de paix et d’amitié entre le gouvernement ottoman et l’Arménie (traité de Batoum), l’Empire ottoman - cet Etat dont les dirigeants avaient programmé et réalisé le génocide des Arméniens en 1915 - fut le premier Etat à reconnaître la République d'Arménie. De sorte que le 4 juin, on célébrera également le centenaire de la signature, par l’Arménie, de son premier document diplomatique international... avec la Turquie.